Nous nous contenterons de citer les propos d'un cinéaste français:
"Mais qui trône au sommet de la pop-sike? John Pantry, selon moi. […]
John Pantry, ingénieur du son des studios londoniens IBC ayant travaillé entre autres sur les trois premiers albums des Bee Gees, fut approché en 1967 par un entrepreneur famélique du bureau jouxtant les studios IBC, Eddie Tre-Vett, qui possédait depuis la fin des années cinquante sa propre agence de spectacles et de cabaret et qui, comme tant d'autres décida de devenir producteur de disques. […] Le premier résultat de leur association fut Little Girl lost and found, une reprise d'un morceau sunshine pop des Garden Club. Tout l'écart séparant la pop-sike de la sunshine pop est déjà là: accélération du tempo, rythmique carrousel qui dynamise la chanson, accentuation des ruptures qui décuple l'ouverture et l'envol du refrain, multiplication étagée des lignes de choeurs, voix plus incisive, imaginaire Lewis Carrollien acidulé.
[…] L'enfouissement pendant trois décennies de l'oeuvre de John Pantry est une conséquence de la stratégie commerciale de Tre-Vett: changer sans cesse de nom de groupe (The Factory, Norman Conquest, Peter and the Wolwes, The Kinsmen, The Bunch, The Actress, etc.) jusqu'à ce que l'un d'eux obtienne un succès, de sorte que cet heureux gagnant ne voie son passé entaché d'aucun échec. Evidemment, le succès ne vînt jamais et les noms continuèrent à tourner pendant les deux années prolifiques de cette association dérisoire […].
Contrairement à d'autres compositeurs mythiques et obscurs de l'époque, comme Bill Fay, je crois que John Pantry ne s'est jamais perçu comme un songwriter,tournant toujours autour des mêmes progressions mélodiques en tentant juste d'imiter l'écriture des Bee Gees […]
Il y a quelque chose de douloureux dans ce que John Pantry, en n'ayant pas réussi à rattraper le train en marche du psychédélisme post-Revolver, légua quand même à la postérité. […]
Derrière l'imaginaire volontairement sur-anglais, sur-chargé et sur-circonscrit (la pop-sike n'a duré au fond qu'une année: 1967) se cachait sans le vouloir une émotivité nerveuse très pure."
Serge Bozon (livret du disque La France, octobre 2007)